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Itinéraire botanique du Mont Sâla Version imprimable
  • Départ: Les Pralets
  • Longueur: 7 km
  • Dénivellation: + 300 m / - 300 m
  • Durée approximative: 3-4 h
  • Accessibilité: printemps – été – automne
  • Difficulté: moyenne

 

Cette excursion mérite le détour à toutes saisons, ne serait-ce que pour la vue depuis le Mt Sâla, certainement l'une des plus belles du Jura. Mais si la botanique est la motivation principale, préférez juin ou juillet. Vous y trouverez parmi les plus beaux parterres fleuris que le Jura puisse offrir.

Depuis la fin de la route près de l'alpage des Pralets, ou la bifurcation au Crêt de Grison, traverser la forêt des Pralets et grimper en direction de la combe des Begnines. Passer près du chalet du Couchant et suivre les indications pour monter au sommet du Mt Sâla.

La première partie de la balade traverse des forêts claires, dominées par les épicéas, comme on peut en voir beaucoup dans la région. La répartition irrégulière des arbres permet d'observer une végétation au sol très contrastée: parfois les couronnes se touchent, et la lumière au sol n'est suffisante que pour de rares herbes, comme la myrtille (Vaccinium myrtillus) ou le mélampyre des forêts (Melampyrum sylvaticum), ce qui laisse beaucoup de place aux mousses.

Ces minuscules plantes sans fleurs passent trop souvent inaperçues, bien qu'elles forment d'importants tapis dans le climat humide du Jura. Cependant, regardées de près, elles sont souvent gracieuses, avec une bonne loupe elles offrent tout un monde de finesse. Et si on a la chance de pouvoir les regarder au travers d'un microscope, elles apparaissent aussi riches qu'un vitrail.

Ailleurs, l'abondante lumière qui arrive au sol est propice à une végétation colorée. En jaune, le millepertuis tacheté (Hypericum maculatum) ou l'épervière des murs (Hieracium murorum), en bleu la campanule à feuilles rhomboïdales (Campanula rhomboidalis) ou la superbe centaurée des montagnes (Centaurea montana), en blanc la renoncule à feuilles de platane (Ranunculus platanifolius) ou les différentes ombellifères, en rose avec le trèfle des prés (Trifolium pratense) et en violet avec le géranium des bois (Geranium sylvaticum) ou la knautie à feuilles de cardère (Knautia dipsacifolia).

A cette altitude (environ 1300 m), cette structure irrégulière de la forêt, dominée par les épicéas, est typique des forêts anciennement parcourues par le bétail. Ne trouvant que peu d'herbe à leur goût, les vaches s'attaquaient aux jeunes arbres, de préférence aux hêtres et sapins blancs. Mais depuis l'abandon de la pâture dans ces secteurs, le hêtre revient et vous rencontrerez le long de votre chemin parfois des fourrés denses de cette espèce.

Tout à coup, la pente s'accentue. Partout les rochers affleurent, et les arbres doivent souvent se contenter de peu de sol pour croître. Ces conditions plus difficiles favorisent à nouveau l'épicéa, mais alors accompagné de l'alisier blanc (Sorbus aria) et de l'érable sycomore (Acer pseudoplatanus). Au pied des rochers exposés au soleil, vous pouvez avoir la chance de voir l'épipactis pourpre noirâtre (Epipactis atrorubens), alors que dans les sites ombragés, plusieurs petites fougères sont enracinées dans les fissures.

En débouchant dans les pâturages de la combe des Begnines, ne rejoignez pas directement le chalet du Couchant, mais traversez la combe en direction de l'adret (pente exposée au sud). Le fond de la combe offre peu d'intérêt, l'apport régulier d'engrais ayant fortement appauvri la flore.

Par contre, le pâturage dans la pente est un des plus riches du Parc jurassien vaudois. La conjonction de plusieurs facteurs contradictoires permet la croissance de plus de soixante espèces différentes. Tout d'abord la forte déclivité empêche l'apport d'engrais, évitant ainsi la perte de diversité associée.

De plus, l'altitude relativement élevée (près de 1500 m) contraste avec une exposition très favorable, d'où un mélange d'espèces de montagne, comme la gentiane jaune (Gentiana lutea) ou l'orchis globuleux (Traunsteinera globosa), et d'espèces dites thermophiles (qui aiment la chaleur) comme le thym serpolet (Thymus pulegioides) ou les rosiers sauvages.

Mais c'est le sol qui distingue le plus ce pâturage. Situé sur une roche argileuse, le sol est profond et riche en terre fine. Sous l'effet des abondantes pluies jurassiennes, le calcaire a été dissous devenant favorable aux espèces qui ne le supportent pas, comme le genêt ailé (Genista sagittalis).

Mais il reste toujours quelques cailloux suffisamment proches de la surface pour les espèces qui aiment le calcaire, comme la raiponce orbiculaire (Phyteuma orbiculare), la rare campanule en thyrse (Campanula thyrsoides), ou l'oeillet superbe (Dianthus superbus) qui porte bien son nom.

Au sommet de la pente, la forêt mérite aussi un petit arrêt. Les fréquentes chutes de pierre de la falaise située au-dessus limitent le développement de l'épicéa, ce qui profite à l'érable sycomore et à l'aubours des Alpes (aussi appelé cytise, Laburnum alpinum). Ce dernier forme un sous-bois très dense, presque impénétrable. Sa floraison début juillet est superbe, complétant la richesse du tapis herbacé. En effet, le sol profond permet la croissance de plusieurs grandes espèces couvrant complètement le sol.

On peut y voir l'aconit tue-loup (Aconitum altissimum), le lis martagon (Lilium martagon) ou l'orchis mâle (Orchis mascula), pour ne citer que les plus belles.

Après avoir épuisé la richesse de cette pente, il vous reste à redescendre en direction du chalet du Couchant et à remonter sur l'autre versant.

Arrivés au sommet, si le temps est clair, le Mont Sâla vous offre un magnifique panorama sur les Alpes, avec la douceur des pâturages jurassiens au premier plan.

Mais en tant que botaniste, c'est avant tout les pelouses situées dans les rochers à vos pieds qui devraient attirer votre regard. Seul le sermontain (Laserpitium siler) saute aux yeux, mais il cache de nombreuses autres espèces.

Le sol est caillouteux, rapidement sec lorsque le soleil brille, mais surtout les vaches ne viennent pas brouter dans les rochers, permettant le développement de plantes qui ne supportent pas le passage répété de ces tondeuses à quatre pattes. C'est le cas du sermontain, mais aussi du muguet (Convallaria majalis).

Avec un peu de chance, vous pouvez trouver la très rare orobanche du sermontain (Orobanche laserpitii-sileris), une espèce parasite qui a renoncé à tout travail (produire des sucres avec la photosynthèse), préférant voler son voisin le sermontain. Elle a ainsi troqué le vert de la chlorophylle contre une robe orangée.

Mais il n'y a pas que des plantes à voir dans ces pelouses. Les papillons sont nombreux, dont le magnifique apollon, et comme les touristes, les chamois aiment bien se reposer au sommet des rochers.

Le retour peut se faire par le même chemin, mais pour ceux qui sont en forme, un long détour par le Cimetière aux Bourguignons, le Croue et le Vermeilley termine la journée en beauté.

 

Pour en savoir plus :

Pâturages et forêts du Parc jurassien vaudois par Pascal Vittoz, en vente dans notre boutique.

 

 

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